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Les troubles somatiques «L'enfant mal adapté est celui |
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Dans les deux cas, les crises sont toujours brèves. Elles apparaissent généralement au cours des premiers mois de vie (toutefois, un cas de spasmes survenu dès la deuxième nuit de vie a été décrit par Rosine Debray pour la première fois dans la Revue Française de Psychosomatique n°25 - 2004). En règle général ce symptôme disparait spontanément vers la 3ème année. Bien que sans danger, les crises de spasmes du sanglot n’en sont pas moins spectaculaires et extrêmement anxiogènes pour l’entourage dont la réaction est immédiate pour tenter de calmer l’enfant. Ainsi la moindre contrariété étant susceptible de déclencher le spasme réflexe, les parents feront tout pour essayer de satisfaire leur bébé. Un tel processus va donc avoir tendance à évoluer vers la compulsion de répétition, une certaine «complaisance somatique» [1] étant entretenue par l’entourage malgré lui. Peut-on parler de prédisposition hystérique ? Tout d’abord, rappelons que les modes d’expression des conversions hystériques sont somatiques, et qu’elles se présentent sous la même forme que les névroses actuelles (« lourdeur de tête, sensation de douleur, irritation d’un organe, affaiblissement ou arrêt d’une fonction (p.470) [2] ». Toutefois, et malgré les apparences, les névroses actuelles ne relèvent pas pour autant de mécanismes psychiques. Parmi ces dernières, la névrose d’angoisse par exemple, se produit «lorsque l’excitation sexuelle somatique déviée de la psyché se dépense subcorticalement dans des réactions totalement inadéquates (p.51) […] on a ici un bel exemple de névrose qui permet de reconnaître non pas certes une étiologie sexuelle, mais tout de même un mécanisme sexuel (p.53) » C’est moi qui souligne. [3] Freud maintiendra ce point de vue toute sa vie. Il réaffirmera notamment sa position à l’occasion d’une discussion qui se déroula à la Société Psychanalytique de Vienne entre 1910 et 1911 dont une partie fut publiée en 1912 : Autrement dit, on voit comment à partir du « grain de sable » (toxine somatique : asymbolique), va se construire progressivement la « perle » psychonévrotique (la nacre étant la toxine psychique : symbolique). A propos d’une « douleur ténébrante au front, la malade déclara que sa grand-mère l’avait regardée d’une façon si « perçante » que ce regard avait pénétré profondément son cerveau. […] d’autres incidents étaient, pour elle, accompagnés d’une sensation de coup de poignard dans la région cardiaque (« ça m’a donné un coup au cœur ») […] C’était tantôt la sensation qui suggérait l’idée, tantôt l’idée qui, par symbolisation avait créé la sensation» [5]. Mais l’expression « coup au cœur » – au même titre que toutes les autres - n’est-elle pas pleinement justifiée si « l’impression pénible n’a pas réellement été accompagnée d’une sensation précordiale qu’elle [Fraü Cécilie] reconnaît et qui peut donc être reconnaissable» ? [5]. Par ailleurs, nous l’avons vu, « les symptômes des névroses actuelles […] n’ont aucun « sens », aucune signification psychique. (p.470) » [2] Et si de tels symptômes donnent trop souvent l’impression - fausse - de « créer » une psychonévrose, c’est qu’ils ne font, par leur action toxique, que « réveiller les chiens qui dorment » [6] en fissurant, voire en faisant voler en éclats la « perle » dormante, au cœur de laquelle sommeillaient les fantasmes les plus virulents. Le noyau hystérique était donc déjà là, comme le loup dormant dans la bergerie. Mais peut-on pour autant inférer la présence d’un tel noyau hystérique dès les tout premiers temps de vie ? D’une part, il faut du temps à l’huître pour fabriquer une perle ; d’autre part, la seule présence d’un grain de sable ne suffit pas à produire une perle : les conditions environnementales sont déterminantes. Rappelons également que le grain de sable en question n’est pas fabriqué par la perle, mais provient de l’extérieur (à l’instar des soins maternels qui contribuent à l’érogénéisation du corps de l’enfant). En fait , la greffe perlière est un processus traumatique. Certaines huîtres meurent, d’autres forment autour de ce grain – appelé nucléus - des perles rondes ou bien de formes irrégulières « baroques », d’autres enfin rejettent ce corps toxique, continuant à vivre normalement jusqu’à ce qu’un nouvel élément intrusif s’installe et trouve éventuellement des conditions favorables à une néoformation. Comme on le voit, le sort du grain de sable dans l’huître n’est pas pour autant définitivement « fixé ». Au lieu de se développer, il peut être abandonné. Tel semble être le destin des spasmes du sanglot. Frayage somatique et récupération névrotique Freud explique à propos des conversions hystériques que « l’impulsion à décharger l’excitation de l’inconscient conduit à se contenter, autant que possible, d’une voie de décharge déjà praticable. Il semble qu’il soit bien plus facile d’établir des relations associatives entre une nouvelle pensée à décharger et une ancienne qui n’en a plus besoin, que de créer une nouvelle conversion. L’excitation s’écoule, par la voie ainsi tracée, de la nouvelle source d’excitation vers le précédent lieu de déversement et le symptôme ressemble comme dit l’évangile, à une vieille outre remplie de vin nouveau (p.38)» [7] Autrement dit, même si le grain de sable a pu être évacué, il reste une trace traumatique de l’événement. Or ce n’est pas le traumatisme tel qu’il a été qui permet de comprendre les processus en jeu, mais la façon dont cette trace s’est élaborée psychiquement au fil du temps. Et la qualité de cette élaboration dépendra des modalités d’intégration des différentes étapes évolutives psychiques du sujet. «Ce ne sont pas les expériences vécues elles-mêmes qui agissent traumatiquement, mais leur revivication comme souvenir, après que l’individu est entré dans la maturité sexuelle (p.125)» [9]. Puisque la conversion hystérique semble utiliser à ses fins « une voie de décharge déjà praticable », pourquoi ne pas appliquer ce même processus à la névrose actuelle qui trouvera également avantage à utiliser une voie somatique déjà «tracée», faisant ainsi l’économie d’une nouvelle voie somatique ? la différence résultant en ceci, que dans l’hystérie le moteur de la conversion est l’affect déplaisant (conséquence d’un retour du refoulé), tandis que dans la névrose actuelle le symptôme n’est que l’issue inadéquate d’une « expression sexuelle somatique » faute de mécanismes psychiques suffisamment élaborés pour l’absorber. Bien qu’abandonnés généralement vers l’âge de 3 ans, les spasmes du sanglot peuvent néanmoins constituer un frayage somatique précoce susceptible de favoriser une récupération névrotique ultérieure, pouvant se manifester parfois très tard dans la vie du sujet devenu adulte (après sa « maturité sexuelle »). Nous émettons donc l’hypothèse qu’un tel symptôme puisse se réactiver – soit en tant que conversion hystérique, soit en tant que névrose actuelle - sous une forme atténuée ou modifiée, « inspirée » de son mécanisme physiologique originel au travers de tableaux cliniques divers : syncope vaso-vagale, lipothymie, spasmophilie, voire crise d’épilepsie, etc. ; la notion de « complaisance somatique» trouvant le cas échéant sa pleine justification. Une attention scrupuleuse devrait être accordée à l’anamnèse de tels patients. Cela rejoindrait en partie ce que Freud explique à propos de l’épilepsie qui « semble exiger une conception fonctionnelle. Comme si était organiquement préformé un mécanisme d’éconduction pulsionnelle anormale, qui est sollicité dans des circonstances tout à fait diverses, aussi bien lors de perturbations de l’activité cérébrale par une grave affection tissulaire et toxique, que lors d’une déficience dans la domination de l’économie animique, l’énergie à l’œuvre dans l’âme fonctionnant en état de crise (p.211)» [10] Si l’on tient compte des différentes formes d’affections névrotiques selon les périodes de la vie, « l’hystérie d’angoisse […] est la plus précoce ; y fait suite l’hystérie de conversion (environ depuis [la] 4ème année) ; encore un peu plus tard, dans la prépuberté (9-10) survient chez [les] enfants la [névrose de] contrainte. Les névroses narcissiques manquent à l’enfance. […] Il est connu aussi qu’avec l’avance en âge, l’hystérie ou [la névrose de] contrainte peut se transposer en dementia [praecox], [mais que] jamais l’inverse ne se produit. (p.293-294)» [11]
Névrose d’angoisse ou Hystérie ? Rappelons que le texte de Freud de 1895 « la symptomatologie clinique de la névrose d’angoisse » [1], – qui est une névrose actuelle – mentionne un certain nombre de symptômes susceptibles d’être confondus avec l’hystérie, notamment : Dans le cas des spasmes du sanglot, la fonction respiratoire semble aller à contre-courant du mouvement naturel de vie, et pourrait s’interpréter comme un mouvement pulsionnel tendant à réduire à zéro les tensions en vue d’un retour à la vie inorganique (pulsion de mort). Nous pensons au contraire qu’il s’agit de mécanismes primitifs mis au service de l’autoconservation. C’est en effet une stratégie qui permet de supprimer une excitation intolérable « grâce » à la perte de conscience. D’une manière générale, la syncope semble être une réaction physiologique adaptée à cette finalité d’adaptation consistant à se soustraire d’une réalité insupportable – psychique ou somatique - qui déborde les capacités de gérance du sujet. Dans le cas présent, elle permet une décompression somatique immédiate et régénérante. S. Ferenczi aurait sans doute considéré l’apnée de la crise cyanotique comme étant un mode possible de régression thalassale. Le liquide amniotique du corps maternel représentant l’océan des temps primitifs, humide et riche en nourriture que l’enfant tente ici de retrouver par un mécanisme phylogénétiquement déterminé. L’apnée est en effet utilisée par tous les mammifères marins, non seulement pour se nourrir, mais également pour dormir. Ainsi la boucle est bouclée : le sommeil – qui par ailleurs favorise parfois de longues pauses respiratoires (apnée du sommeil) - n’est-il pas une forme de retour dans le sein maternel ? Selon l'école de Paris (IPSO), la voie somatique est toujours la première empruntée. Elle est la plus courte, la plus rapide, à charge ensuite au psychisme – au travers de l’élaboration psychique – d’absorber secondairement tout ou partie des excitations. Toutefois la voie motrice est un chemin d’éconduction des excitations intermédiaire entre le soma et la psyché qui mérite une attention particulière. Elle est la voie de décharge la plus économique, la plus « naturelle ». Elle permet en effet de faire l’économie d’une désorganisation (somatique) ce que semble démontrer le comportement des nourrissons qui tendent à privilégier spontanément l’expression motrice (y compris pendant leur vie intra-utérine). Ce n’est qu’en cas de débordement de la motricité (position active) ou d’inhibition motrice (position passive), que l’expression somatique serait susceptible respectivement :
Dans le cas des spasmes du sanglot, la forme cyanotique, qui correspond à un affect de colère, est la réaction qui – par rapport à la forme blanche - sollicite le plus la motricité. Ainsi que le proposent Fain, Kreisler et Soulé ("l'enfant et son corps" - 1974), la forme bleue constitue une réponse plutôt virile, tandis que la forme blanche, qui correspond à un affect lié à la douleur, est une réaction plus féminine. Comme le décrit Rosine Debray dans son article (rfp n°25), la première forme semble répondre à la frustration maternelle (position active), la seconde à l'agression "paternelle" (position passive). Il ne s'agit toutefois pas de généraliser en réduisant systématiquement ces deux polarités respectivement aux objets maternels et paternels, car on peut probablement rencontrer un schéma inverse en présence d'une mère phallique et d'un père "maternel" par exemple. Rappelons que tous les troubles supposent « une action conjointe de deux facteurs, le constitutionnel et l’accidentel. » [13] A propos des spasmes du sanglot, l’environnement joue un rôle primordial : les crises se répètent compulsivement tant que les parents sont angoissés ou affolés. Il est également fréquent qu’une nourrice qui ne connaît pas la nature de ce symptôme et qui apprend l’éventualité d’une crise, favorise le déclenchement des spasmes chez l’enfant par sa simple inquiétude, réamorçant ainsi la compulsion de répétition. En revanche, il y a toujours accalmie lorsque l’enfant se trouve dans une ambiance sereine. On ne peut réduire ou supprimer ce symptôme qu’en dissipant l’angoisse de l’entourage. On l’aura compris, les manifestations psychosomatiques du nourrisson – du moins lorsqu’elles sont indépendantes de toute organicité sous-jacente - sont directement liées aux objets externes et conditions environnementales. Ainsi, la capacité pour l'enfant à abandonner un tel mode d'expression archaïque, va directement dépendre de la qualité des dispositions psychiques de l'entourage et de ses réactions. Ce sont elles qui vont favoriser l’hystérisation ou non des symptômes. Dans la forme bleue par exemple, une telle manifestation convulsive n’est qu’une demande impérative de satisfaction d’un besoin à laquelle l’entourage répond (ou ne répond pas). Or le besoin – qui n’est pas encore un désir – se traduit au tout début par une demande réflexe (les spasmes) dénuée de tout signifiant symbolique. Ce sont les modalités de réponses de l’entourage, qui vont progressivement conditionner l’émergence d’une désirance, c’est-à-dire d’un besoin empreint « d’érogénéïté » indispensable à la maturation psychique, à la stimulation de l’hormone de croissance, et au bon développement psychomoteur de l’enfant. Ce sont ces réponses extérieures qui vont déterminer l’hystérisation ou non des futurs symptômes. D’une certaine façon, l’entourage doit jouer le rôle de fonction psychique auxiliaire du nourrisson qui se trouve en désaide et dépourvu de défenses. De même, la nacre autour du grain de sable ne peut se développer harmonieusement – grâce et malgré le traumatisme originel - qu’en fonction de conditions environnementales favorables (tempéra-ture, taux de salinité, exposition, etc.). Or, en cas de défaillance de la fonction parentale de « pare-excitations », le processus réflexe revient, signant l’échec de la fonction psychique de satisfaction hallucinatoire du désir. De tels comportements peuvent perdurer, ou se manifester plus tardivement, chez certains adultes en quête de stimulations incessantes au travers de conduites répétitives. Ces comportements tendent à abaisser le niveau d'excitation jusqu’à l’apaisement, souvent jusqu’à l’épuisement. Il y a donc bien réduction d'une tension, mais il s'agit d'une décharge dont la sensation vise à remplacer les représentations et les affects qui sont indifférenciés (chez le nourrisson) ou qui ne peuvent s'élaborer psychiquement (chez le sujet mature). Dans une telle configuration, il n’y a pas de place pour une activité psychique élaborative de nature hystérique faute de regard d’un Autre désirant, dont la séduction énigmatique aurait conduit un sujet hystérique à désirer le désir de cet Autre séducteur originaire. Telle est la spécificité du symptôme hystérique qui semble faire défaut ici. L’image spéculaire « trouée » de l’enfant, signe l’échec de la satisfaction hallucinatoire et pousse ainsi le sujet à des comportements mécanisés soumis à une compulsion de répétition sans fin. Le spasme du sanglot n’est-il pas le prototype d’un tel processus au sein d’un ça-moi indifférencié qui n’est pas encore pleinement investi d’une polarité érotico-fantasmatique ? Comme nous l’avons dit, les spasmes du sanglot sont généralement abandonnés vers l’âge de 3 ans. Notons que c’est la période de la vie où l’enfant dispose maintenant d’une libido disponible et d’un moi régulateur pulsionnel, en mesure de désinvestir progressivement les sphères somatiques et motrices en tant que modalités principales de communication, au profit du langage qui devient une nouvelle source de plaisir érotico-fantasmatique.
[1] - Freud - « Dora » in Cinq psychanalyses - PUF – (p.28)
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