Quelle stratégie
pour se soigner ?
 
           


Selon le point de vue «bioanalytique» de Sandor Ferenczi exposé dans « Thalassa », l'adaptation des êtres vivants peut être «autoplastique» ou «alloplastique».


- L'adaptation autoplastique consiste à réorganiser le corps afin de s'adapter à l'environnement extérieur (par exemple : réduction des besoins, retour à des stades plus primitifs ou encore développement de nouveaux organes ou de nouvelles fonctions organiques).


- L'adaptation alloplastique
consiste à agir sur l'environnement extérieur pour tenter de s'y adapter (rechercher un milieu plus favorable pour vivre, construire des habitations par exemple). Une telle stratégie permet ainsi de s'épargner le lent et pénible effort d'une réorganisation organique interne. Elle est donc plus rapide, plus efficace.


«L'adaptation implique de renoncer à ses objets de satisfaction pour s'habituer à de nouveaux objets, c'est-à-dire transformer une perturbation (toujours pénible au début) en satisfaction. Cela se produit par identification avec le stimulus perturbant puis l'introjection de celui-ci ; ainsi l'épisode perturbant devient une partie du Moi (une pulsion), et le monde intérieur (microcosme) devient ainsi le reflet de l'environnement et de ses catastrophes» (S.Ferenczi - «Thalassa »).

Un parallèle peut être fait entre la stratégie autoplastique et le travail psychanalytique qui consiste, dans son action thérapeutique, à réorganiser les fonctions psychiques internes de l'individu pour réparer ses blessures narcissiques et optimiser ses capacités d'adaptation futures pour faire face ux divers traumatismes de la vie.


Dans notre société occidentale moderne, la méprise, grave de conséquences, consiste à traiter le mal comme s'il venait toujours de l'extérieur, alors qu'il est intériorisé.

Lorsqu’un événement traumatique externe survient, il n’agit plus de l’extérieur ; c’est son souvenir ou sa perception somato-psychique interne toujours active qui est toxique. C’est ainsi que notre propre univers pulsionnel interne devient particulièrement pathogène s’il est dénié !

Il est donc vain et erroné d'adopter ici des solutions de type exclusivement alloplastique dont l'objectif est toujours de faire taire les pulsions pour réduire au silence les symptômes. (haut de page)

   


Or le rêve - au même titre que la cure psychanalytique - est un processus autoplastique qui suppose un désinvestissement des intérêts externes pour se consacrer aux revendications pulsionnelles internes en empruntant comme le qualifie Freud : la «voie régrédiente» ; c’est-à-dire celle qui permet la satisfaction hallucinatoire.
Celle-ci «ne cherche pas à réparer les carences à l'origine du trouble, elle utilise la voie existant chez chacun, celle du rêve, voie destinée dès son origine à protéger le sommeil, c'est-à-dire voie de la trace des échanges positifs que ce sommeil est apte à contenir.» (Michel Fain - «Système sommeil-rêve» - Revue française de psychosomatique - 1998 – PUF)

Toutefois, lorsque la voie régrédiente est bloquée, comme on le rencontre par exemple chez certains insomniaques ou certains patients « opératoires », c'est l'issue progrédiente qui sera empruntée, à savoir la tentative de satisfaction réelle.
Les insomniaques par exemple, sont de grands consommateurs d’images. Ils peuvent passer des nuits entières devant leur écran de télévision indépendamment de l’intérêt des émissions diffusés, zappant compulsivement d’un programme à l’autre. Or les stimulations incessantes recherchées dans ces images sans âme, ne sont que des procédés autocalmants (notion introduite par Gérard Szwec - IPSO)
visant à abaisser le niveau d'excitation jusqu’à l’apaisement, souvent jusqu’à l’épuisement. Il y a donc bien abaissement d'une tension, mais il s'agit d'une décharge dont la sensation vise à remplacer les représentations et les affects qui ne peuvent s'élaborer psychiquement.

«Le procédé autocalmant remplace l'impossible fantasme d'une jouissance par l'orgasme par un substitut : la recherche de l'apaisement. […] Le retour au calme n'est qu'une décharge qui se distingue de la jouissance qui comporte une décharge plus une satisfaction» (Gérard Szwec - «Les galériens volontaires» - PUF)
Il n’y a pas de place pour une activité psychique élaborative. L’échec de la solution hallucinatoire peut donc pousser le sujet à des comportements mécanisés soumis à une compulsion de répétition sans fin.
Or ce mode de fonctionnement est largement favorisé par notre société moderne.

«Ne rêvez plus, achetez !»… tel était le slogan publicitaire d'un établissement financier vantant les mérites d'une carte de crédit. Pourquoi en effet continuer à rêver alors que la réalité nous tend les bras ? C'est donc la société tout entière avec le modèle qu'elle propose qui prétend pouvoir remplacer nos rêves. Alors nous pouvons consommer, tout et n’importe quoi… sans réelle satisfaction… sans fin.

P.MENARD

 
Ce petit article est extrait d'un texte plus complet que vous pouvez également consulter : "Ceux qui ne rêvent pas"