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Maladies génétiques et psychanalyse

   
       
       
       

Actuellement, dans le discours scientifique, lorsqu'on dit qu'une maladie est "génétique" cela signifie simplement que l'on a identifié un ou plusieurs gènes impliqués dans la maladie. Mais que signifie "impliqués" ?
C'est un peu comme si un vase, posé sur une table, tombait dans des circonstances mystérieuses. Les généticiens annoncent triomphants : " le vase qui tombe, c'est génétique ! : nous avons observé que dans 60% des cas, l'un des pieds de la table est un peu plus court que les autres ! ". Voilà en gros où nous en sommes... On oublie de dire que le pied n'est que la prédisposition génétique, mais que la table ne bascule jamais seule, et que le vase peut aussi tomber sans que la table ne bouge.

En fait, dans la plupart des maladies génétiques, non seulement le rôle joué par les gènes reste parfaitement inconnu, mais la même anomalie génétique peut conduire à des tableaux cliniques très différents.

Aucun scientifique n'est aujourd'hui en mesure :

1/ D'expliquer les raisons qui conduisent un gène à se modifier (il lui faut un "ordre" : d'où vient-il ?)
2/ De savoir si une mutation sera pathogène ou si elle n'aura aucun effet (polymorphisme)
3/ De proposer un traitement

Qu'apporte la psychanalyse ?

Elle propose un autre angle d'observation :

1/ L'analyse permet en général d'identifier des causes spécifiques, et de comprendre qu'en effet le vase ne tombe jamais seul (même avec un pied de table plus court, il faut au moins un, voire plusieurs autre(s) facteur(s) : la table peut par exemple être heurtée par inadvertance, ou encore le vase soumis à une force défavorable (un fort courant d'air par exemple), etc. Mais ces cofacteurs échappent nécessairement à ceux qui restent les yeux rivés sur les pieds de la table...

2/ C'est la puissance de la force exercée (sur la table ou directement sur le vase) qui va conditionner la chute (ce qui signifie que même si la table possède 4 pieds normaux, le vase n'est toujours pas à l'abri d'une chute si aucun autre travail d'investigation n'a été fait pour identifier les autres facteurs !).
La leçon est qu'on peut vivre à peu près normalement avec une table bancale si on a appris qu'il fallait simplement éviter de poser son sac (ou de s'appuyer) sur l'angle sensible de la table ou encore de laisser la fenêtre ouverte par temps d'orage.

3/ Elle permet d'identifier un facteur qui resterait à jamais inobservable sans l'analyse, à savoir la part de la névrose latente que la maladie a réveillée, ce qui peut entraîner une chronicisation ou un développement de nouveaux symptômes ou bien encore déclencher des maladies supplémentaires faute d'une bonne organisation psychosomatique générale. Par exemple, dans la maladie de Huntington - qui est une maladie incontestablement génétique - toutes les manifestations d'ordre psychopathologique surviennent dans un second temps et progressivement (dépression, troubles de la personnalité, etc.). On peut dire que c'est génétique, mais on peut aussi admettre avec bon sens qu'une telle maladie dégénérescente ne peut qu'agir sur l'humeur, réveiller des angoisses archaïques, perturber l'équilibre psychique et somatique. Notons que le sujet ne meurt pas de LA maladie, mais de complications annexes.

Enfin, entre un TOC - dont on dit aussi que c'est une maladie génétique : comme toutes les autres ! - et une véritable maladie génétique comme la chorée de Huntington, un univers les séparent ! il faut cesser définitivement les amalgames.
L'hypercomplexité des facteurs en jeu (tant internes qu'externes) ne permet absolument pas de réduire l'individu à ses gènes.

Autre exemple de maladie génétique : la maladie de Duchenne

L'espérance de vie des personnes atteintes de pathologies génétiques (comme la maladie de DUCHENNE, maladie neuromusculaire qui présente des tableaux cliniques très variés) a doublé, alors qu'aucun traitement n'existe pour la guérir. Les médecins considèrent que ce sont les traitements dits "freinatoires " qui permettent d'augmenter l'espérance de vie. Peut être. Mais alors, il faut aussi y ajouter toute la dimension fantasmatique sociale qui, dans son illusion de mieux comprendre - ou plutôt de maîtriser - la maladie (il y a aussi du bon dans les illusions), donne un espoir plus grand à la famille et au malade, ce dernier n'étant plus enfermé dans un cercueil avant sa mort, et pouvant vivre au milieu des siens… et bien entendu, encore un aspect dont personne ne parle : on leur reconnaît aussi le droit d'avoir une sexualité normale, comme tout le monde… Or cette chose "banale" (si banale qu'il ne faut surtout pas en parler dans le discours scientifique) peut aussi tout simplement aider un être humain à vivre plus longtemps.

P.MENARD

Pour en savoir plus :
u Les causes de la maladie

 

   
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Maladie de Huntington
:
ou "chorée" (mouvements involontaires et saccadés de la tête et du cou également appelée plus familièrement "Danse de Saint-Guy") a été décrite en 1872 par un médecin américain : Georges Huntington. Cette maladie héréditaire rare touche environ 2 personnes sur 10000 et se déclenche tard dans la vie du sujet (entre 30 et 40 ans). Elle atteint le système nerveux central, provoquant progressivement une perte d'autonomie totale du malade dans tous les actes de la vie quotidienne. Un enfant dont l'un des parents est choréique a un risque sur deux d'hériter de l'anomalie génétique correspondante et de développer le cas échéant la maladie (on parle de maladie "autosomale dominante").

Pour ces familles à risques, il existe un "diagnostic présymptomatique" qui permet d'identifer l'anomalie génétique en cause et d'évaluer la probabilité de développer la maladie (risque très grand, faible ou nul). Mais cette démarche est très lourde de conséquences sur le plan psychique d'autant qu'il n'y a de traitement ni préventif ni curatif. C'est pourquoi il existe en france depuis 1992 des structures d'accueil spécialisées pour le test de dépistage (constituées de médecins, psychiatres, psychologues, psychanalystes). Après quelques entretiens et une information complète sur les conséquences psychologiques d'une telle démarche, une personne sur deux décide de renoncer à sa demande de dépistage.