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QUESTIONS - REPONSES Maladie psychique ou somatique ?
Pascal MENARD : On peut bien sûr envisager deux directions possibles : soit la maladie provient du psychisme pour se diriger vers le corps (évolution psycho-somatique) soit elle s’origine dans le corps pour s’orienter vers le psychisme (évolution somato-psychique). Mais dans tous les cas, ces deux pôles finissent par créer un mouvement circulaire où chacun se combine avec l’autre par une dynamique d’influence réciproque. Le fait de se focaliser sur un seul facteur étiologique produit nécessairement un clivage thérapeutique selon une approche réductrice : si l’origine est somatique, on traite uniquement le corps. Si l’origine est psychique, on traite uniquement le psychisme. Ce découpage arbitraire est un non-sens. "Le SIDA et ses conséquences ne Prenons l’exemple du SIDA. Il ne viendrait à l’idée de personne de contester le caractère exogène de cette maladie puisqu’elle résulte d’une infection virale. Et pourtant ! Certes, le virus n'a rien de comparable avec celui de la grippe, mais on constate que de nombreux porteurs sains du HIV déclenchent la maladie peu de temps après avoir pris connaissance des résultats du test. Le diagnostic de séropositivité est un choc traumatique extrêmement violent qui ébranle tout le système immunitaire : c’est précisément ce dont a besoin le virus pour se développer. La question de l’étiologie n’est donc pas aussi simple qu’on le suppose. "les pratiques sexuelles non protégées sont des Il n'est bien sûr nullement dans mes propos de dénigrer le dépistage, et encore moins les traitements médicaux actuellement proposés qui restent indispensables. Rappelons cependant que le préservatif est la solution prophylactique la plus simple et la plus efficace. Par conséquent, lorsqu'on a été informé des risques, les pratiques sexuelles non protégées sont des conduites suicidaires qui trahissent déjà une structure psychique défaillante. Tout ceci pour dire que le SIDA et ses conséquences ne se limitent pas à une infection virale, de même que les pathologies gastro-duodénales ne se réduisent pas à l’infection par Helicobacter pylori, puisque nous sommes en très grand nombre porteurs de cette bactérie sans pour autant être tous atteints de gastrite ou d’ulcère chronique. Faut-il rappeler les expériences scientifiques menées par le physiologiste H. Selye dans les années 30, qui ont démontré que des rats placés en situation de stress permanent finissent par mourrir d'ulcérations hémorragiques digestives ? "le nourrisson ne connaît qu’un seul moyen On peut certes admettre une dimension psychique dans toute maladie, mais peut-on pour autant définir la notion de "psychisme" ? P.M. : Sans doute est-ce un facteur particulièrement dérangeant puisqu’il est systématiquement dénié. Disons que la fonction du psychisme, schématiquement, consiste à gérer les relations interpersonnelles, les conflits internes, les émotions, l’angoisse, la dépression, la maladie. Car le psychisme n’est ni une entité abstraite, ni un système déconnecté du corps : il est nécessairement ancré dans le somatique. Winnicott en donne une définition qui répond en partie à la question : "Le terme psychisme signifie l'élaboration imaginaire de parties du corps, de sensations et de fonctions somatiques." (D.W. Winnicott - L'esprit et ses rapports avec le psyché-soma - 1949) "A partir de 6-7 ans, il y a une accalmie En fait, l’appareil psychique humain est le plus long à se développer par rapport à toutes les autres fonctions. Sur la chaîne évolutive, et selon un ordre chronologique invariable, se constituent : le soma (le corps organique), la motricité, les sens. Les processus psychiques se développent en parallèle, mais sont les derniers à arriver à maturation. Or tous les pédiatres constatent un phénomène singulier lorsque l’évolution psychosomatique de l’enfant est normale : à partir de 6-7 ans, il y a une accalmie des maladies somatiques. "Cliniquement, on observe une corrélation entre une Peut-on dire que l’appareil psychique "prend le relais" de la somatisation, qui est un processus plus archaïque ? P.M. : Oui, d’une certaine façon. Cela dit, personne n’est à l’abri de la maladie bien sûr. Car le psychisme a un fonctionnement irrégulier, discontinu, et cette fluctuation, scandée par les événements de la vie, agit sur l’économie psychosomatique générale. Cela signifie qu’indépendamment de la qualité de fonctionnement de l’appareil psychique (autrement dit de la « mentalisation »), certaines épreuves psychiques trop intenses peuvent être vécues sur un mode traumatique et provoquer des désordres somatiques (par exemple suite à : deuil, licenciement, naissance, retraite, etc.). Mais il n’en est pas moins vrai que la gravité de ces désorganisations et le potentiel de rémission vont dépendre de la qualité de la mentalisation. Cliniquement, on observe une corrélation entre une «bonne mentalisation» et une «bonne santé». Pour en savoir plus :
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