QUESTIONS - REPONSES

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Le stress :
ça veut dire quoi ?





Psychosoma.org :
Que signifie le mot stress ?

Pascal MENARD : Le mot stress fut introduit vers 1936 par le physiologiste canadien d’origine hongroise, Hans Selye, dont les recherches conduiront à la notion de Syndrome Général d’Adaptation (SGA).
Le terme stress n’a pas de traduction en français car il est une troncation du mot anglais distress qui provient du latin stringere signifiant étreindre, serrer, ce qui évoque une parenté avec l’angoisse (du latin augustus qui signifie également serré), et qui se caractérise en partie par les constrictions épigastriques ou laryngées qu’elle provoque : être angoissé c’est « avoir la gorge serrée ».

Pour en savoir plus :
u Le Stress et le Syndrome Général d’Adaptation (SGA) - Animation flash

Le stress est-il de l’angoisse ?

PM : Je pense qu’il convient de faire une distinction entre stress et angoisse. Le stress tel que Selye le définit, est la réaction physiologique d’un organisme à un agent stresseur externe. Un tel danger peut donc être clairement identifié et quantifié selon des critères d’évaluations objectivables. Dans la mesure où il s’agit d’un danger réel, un choix binaire et rationnel s’impose : fuir ou combattre.
L’angoisse quant à elle, est une réaction physiologique à un « agent stresseur » interne. Ce dernier correspond en fait à la représentation que l’on se fait d’un danger auquel on n’est pas nécessairement confronté en temps réel.
Or face à un danger interne imaginaire, il est impossible de fuir ou de combattre.



De quel danger « interne » peut-il s’agir et comment s’y adapter ?

PM : Ce danger peut être de deux sortes :
1 - il peut être imaginé par anticipation, tout en existant réellement (angoisse de réel),
2 - imaginé comme étant réel alors qu’il n’existe pas (angoisse névrotique).
Il arrive souvent que ces deux types d’angoisses se mélangent. Cela explique pourquoi un événement externe, même banal, peut produire beaucoup d’angoisse, car la proportion d’angoisse névrotique déjà présente vient se lier à l’angoisse réelle. Ceci est notamment illustré par les phobies qui génèrent une forte angoisse devant un objet ou une situation objectivement non dangereuse.
Or cet aspect n’a pas été pris en compte par Selye car il est impossible de l’identifier et de le mesurer avec des critères d’évaluations objectivables. Pour l’individu angoissé, la seule solution consiste à utiliser des mécanismes de défenses « psychiques » (le refoulement en fait partie en tant que stratégie pour « fuir » l’angoisse) ; et lorsqu’ils échouent, cela produit des symptômes ou des comportements irrationnels : la phobie de l’avion en est un exemple.

Dans le cas de la phobie de l’avion... quel est «l’agent stresseur » ?

PM : Selye expliquerait sans doute que l’avion est "l’agent stresseur", mais il est impossible de comprendre le phénomène phobique si l’on ne prend pas en considération la part d’angoisse névrotique qui est à l’origine de cette phobie, celle-ci n’ayant rien à voir avec l’avion en tant qu’objet concret, mais avec ce qu’il « représente » au plan symbolique inconscient.
Il faut également préciser que la même angoisse chez un sujet psychotique (on parlera alors d’angoisse psychotique) se traduira non par une phobie, mais par des bouffées délirantes ou des hallucinations, créant de toute pièce une réalité qui n’existe pas.
Cela dit, beaucoup d’êtres humains prennent aussi l’avion sans être stressés.

Le modèle de Selye ne permet donc pas d’expliquer pourquoi face à un même événement les réactions diffèrent considérablement d’un individu à l’autre. Il se trouve que l’homme n’est pas un rat élevé en laboratoire ; Il a une histoire singulière, dispose d’une mémoire émotionnelle bien plus riche, fantasme, imagine des scénarios, se raconte des histoires, et l’on sait combien les enfants cherchent à avoir « peur » au travers de leurs jeux ou des histoires qu’on leur raconte. Cette peur « ludique » est toutefois très structurante pour l’enfant, car elle produit de l’angoisse en petite quantité qui deviendra ultérieurement un signal (l’angoisse-signal) mettant en alerte l’individu afin de le préparer à réagir face à un danger menaçant.
Selye a d’ailleurs apporté la preuve expérimentale qu’un stress antérieur pouvait protéger de certains agents cardiotoxiques.

Le stress peut-il provoquer un traumatisme ?

PM : L’expérience clinique montre que les personnes qui ont été confrontées à un choc violent inattendu - c’est-à-dire sans angoisse-signal préalable comme je viens de le dire plus haut - ont plus de chance de développer un syndrome post-traumatique (appelé aussi "Syndrome de Stress Post-Traumatique" en référence au PTSD américain : Post-Traumatic Stress Disorder).
Par exemple, pour le même type d’intervention chirurgicale, les conséquences post-opératoires seront souvent plus pénibles chez des personnes opérées d’urgence, dans la mesure où elles ne s’y sont pas préparées, le signal d’angoisse avant-coureur ayant été court-circuité par le choc imprévu (accidents de la route, catastrophes, etc.).
Mais en même temps, et ceci semble être un paradoxe, une personne indemne de toute lésion physique lors d’un accident ou d’une catastrophe a plus de chance de développer une névrose traumatique qu’en cas d’atteinte corporelle. J’entends par atteinte corporelle, les blessures directement produites lors d’un accident par collision physique, mais également certaines maladies organiques survenant malgré l’absence de choc physique direct (comme les pelades ou certaines maladies de peau résultant d’une grande frayeur).

Ce n’est donc pas le traumatisme (l’agent stresseur) en soi qui va déterminer la gravité des symptômes ou le type de pathologie - somatique ou psychique - mais bien l’organisation psychosomatique du sujet qui s’est étayée sur l’ensemble de son vécu à la fois somatique et psychique, et ce, depuis les premiers instants de son existence, y compris lors de sa vie in utero.

Peut-on dire qu’une lésion organique protège de la névrose traumatique ?

PM : On ne peut pas dire qu’elle immunise, car tout dépend de l’intensité du choc traumatique, mais la lésion organique réduit effectivement les risques de névrose traumatique. Sur ce point, la psychanalyse a tenté d’apporter un éclairage, notamment grâce à la théorie de la libido. Lors de blessures corporelles, la libido retire ses investissement d’objets (la « libido d’objet » se soustrait du monde externe) pour se concentrer soit sur la totalité du moi (libido du moi), soit sur la zone malade (libido d’organe), ce qui a pour effet de créer une excitation organique localisée qui mobilise une partie de l’excitation pathogène. Si cette dernière ne trouve pas de voie d’écoulement somatique (via l’organe lésé), la voie psychique sera alors secondairement utilisée en développant éventuellement une "névrose traumatique" (ressassement de l’événement traumatique, insomnies, cauchemars répétitifs, etc.).

En ce sens, j’inverse la proposition de Pierre Marty qui considère que la désorganisation somatique consécutive à un événement traumatique se produit de façon contre-évolutive en frappant d’abord la sphère la plus évoluée de l’appareil psychique pour régresser secondairement vers des systèmes moins évolués, notamment somatiques. D’une part, les expériences de Selye relatives à la notion de Syndrome Général d’Adaptation (SGA), confirment bien la réaction somatique première qui se caractérise par la mobilisation de systèmes physiologiques déterminés (phase 1 : alarme), pour être ensuite relayés par des facteurs qui relèvent davantage de processus psychiques (phase 2 : résistance).

D’autre part, j’ai déjà eu l’occasion de constater chez une patiente d’une cinquantaine d’années venue consulter pour un cancer, que la nouvelle d’un décès particulièrement traumatique avait spontanément provoqué une vive brûlure dans le sein gauche en un point bien précis. Quelques mois plus tard, un cancer du sein était diagnostiqué en cet endroit. Bref, le corps réagit toujours en premier, alertant et mobilisant secondairement les défenses psychiques. Lorsque ces dernières sont défaillantes, la désorganisation continue son chemin dans le corps, ce qui peut faire évoluer une tumeur d’abord bénigne en tumeur maligne. Lorsque les défenses psychiques sont à la base suffisamment solides, la douleur ressentie peut se limiter à un petit nodule bénin qui peut régresser et se résorber de lui-même sans évolution maligne.

Pour en savoir plus sur la relation entre mentalisation et somatisation :
u
Maladie psychique ou somatique ?
u Mentalisation et bipolarité psychosomatique - Animation flash

On parle beaucoup du stress de la vie moderne… y a t-il un stress contemporain ?

PM : En fait, la notion de stress, telle qu’elle est abordée aujourd’hui, a subi toutes sortes d’extensions et de dérives simplificatrices. Elle nous renvoie finalement à une problématique historique similaire, lorsqu’en 1869, un neurologue-psychiatre américain George-Miller Beard (1832-1883) introduisit la notion de « Neurasthénie » appelée aussi «maladie de Beard». Ce terme fut remplacé plus tard par celui, encore plus flou mais toujours actuel de « dépression ». Précisons que dans le mot neur-asthénie : neur = nerf, asthénie = dépression (neurasthénie signifie donc dépression nerveuse). On constate que l’aspect « nerveux » a été effacé au profit du terme édulcoré et affadi de « dépression ».

Or, derrière le concept de neurasthénie, il y avait déjà l’idée répandue au 19ème siècle, que l’homme vit dans un monde difficile et fatiguant. Beard parlera de maladie « américaine ». Bref, l’homme de la modernité du 19ème siècle était neurasthénique, tandis que celui de la modernité du 20ème siècle est stressé !
Tous ces symptômes sont présentés comme étant une réaction à l’environnement : ce sont des pathologies urbaines (les provinces sont moins touchées que les villes) ce qui devient un point de vue populaire, validé par le monde de la psychiatrie. Dès lors, les gens se sont imaginés « neurasthéniques », exactement comme ils se considèrent « stressés » un siècle plus tard, confortant ainsi le préjugé collectif d’une maladie sociale. Les découvertes de Selye ont accrédité l’idée que le stress provient d’événements extérieurs. Ce type de justification a toujours constitué un alibi de choix permettant d’éviter de se confronter à des causes personnelles.

 

     
       
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