QUESTIONS - REPONSES

----------------------

t Page précédente
t Accueil

La Psychosomatique :
pour quelles maladies ?


Psychosoma.org :
Y a-t-il des maladies " typiquement " psychosomatiques ?

Pascal MENARD :
Je ne parle jamais de "maladies psychosomatiques" car les frontières sont floues et les définitions psychanalytiques et médicales souvent divergentes ce qui risque de provoquer des polémiques par ailleurs stériles. Il semble plus pertinent d'aborder la question en terme "d'économie psychosomatique générale" du sujet.
Car ce n'est pas la maladie - classée en tant qu'entité "médicale" - qui définit son caractère éventuellement "psychosomatique", mais le type d'organisation psychique générale du patient par rapport à trois facteurs en interrelation constante : psychique, comportemental, somatique. Vouloir isoler un seul de ces paramètres sans tenir compte des autres ne nous renseigne en rien sur la nature du symptôme.


Quelques exemples ?

PM : Par exemple, les maladies à crises [1] doivent être distinguées des maladies évolutives [2].
En ce qui concerne les maladies à crises, les tableaux cliniques sont très différents selon la maladie considérée, mais ce type de pathologie nous montre que de tels patients ont des systèmes de défenses psychiques distincts de ceux qui développent une maladie évolutive. Dans le premier cas, la crise est déclenchée lors d'événements ponctuels déclenchants qui témoignent d'une discontinuité du fonctionnement psychique. Elles ne mettent pas en jeu le pronostic vital car elles constituent un "palier de fixation somatique" qui agit comme un barrage en stoppant les mouvements de désorganisation générale. Pour cette raison, le symptôme ne doit pas être supprimé trop rapidement sous peine de provoquer une somatisation bien plus grave.

En revanche, dans une maladie évolutive (notamment les maladies auto-immunes ou cancéreuses), le processus de somatisation utilise une voie de désorganisation dite "progressive", faute de trouver un palier de fixation somatique " stabilisateur ". L'issue peut être mortelle si aucun travail de remobilisation des processus psychiques n'est entrepris.


La psychanalyse est-elle indiquée pour ce type de patients ?

PM : En tant que bon normand, je répondrai oui et non ! En fait, les psychanalystes ne rencontrent pratiquement jamais de tels patients pour une raison simple : leur mode de pensée factuelle, essentiellement axée sur les événements concrets, les rend totalement imperméables à tout ce qui concerne la vie psychique en général qu'il s'agisse de celle des autres et plus encore de la leur ; ils ne sont par conséquent jamais en demande d'analyse ou de travail psychothérapique. Par ailleurs, la psychanalyse "classique" - lorsque le patient est allongé sur un divan - est d'emblée contre-indiquée compte tenu de leur difficulté à s'engager dans une véritable relation "thérapeutique" avec l'analyste. Toutefois, seuls les outils de la psychanalyse permettent d'appréhender leur fonctionnement psychique, mais il est indispensable d'aménager un cadre spécifique en proposant une psychothérapie en face à face. En général ces patients sont pris en charge par la médecine compte tenu du caractère somatique de leurs affections. Ce sont donc les médecins bien informés qui les orientent vers un psychosomaticien-psychanalyste.

Comment ces patients - qui sont si éloignés de leur vie psychique - peuvent-ils envisager de consulter un psychanalyste-psychosomaticien ?

PM : d'une manière générale, peu de personnes admettent facilement qu'il puisse y avoir des facteurs psychologiques dans leur maladie.

D'une part, cela risque de provoquer des angoisses d'aliénation mentale, d'autant que l'évocation de "maladie psychosomatique" est souvent fausse - du moins ambiguë - comme je l'ai précisé plus haut. D'autre part, il ne s'agit pas non plus d'invoquer sytématiquement des "raisons psychologiques" à l'origine de la maladie pour justifier une prise en charge psychosomatique, car à dire vrai, sans une investigation poussée… nous ne pouvons pas l'affirmer ! Car j'insiste ici : l'idée assez répandue selon laquelle les psychanalystes considèrent d'emblée le symptôme comme ayant un sens symbolique est totalement erronée.

Ce que nous savons en revanche, c'est qu'un travail de psychothérapie permettra de remobiliser des ressources en agissant sur l'économie psychosomatique générale, y compris lorsqu'il s'agit d'une maladie organique qui n'est pas nécessairement d'origine psychologique.
C'est là tout le sens de l'investigation psychosomatique.

     
       
Autres Questions-Réponses :


 
 
 

[1] Maladies à crises : il y a deux notions de "crise" en médecine :
la crise peut être le signe favorable d'une guérison (chute rapide de la température, diurèse, sueurs)
ou bien une manifestation brutale : soit unique (crise d'appendicite) ou associée à un état chronique préexistant (asthme, céphalées ("migraines"), gastrites, eczéma, épilepsie, etc.) C'est cette dernière catégorie à laquelle les psychosomaticiens se référent quand ils parlent de "maladies à crises". Les malades concernés peuvent souvent prévoir les crises en disant qu'ils les "sentent" venir.

   
 

[2] Maladies évolutives : Ces maladies évoluent progressivement, souvent par "poussées". Contrairement aux maladies à crises, chaque poussée dégrade progressivement l'organisme, le pronostic vital étant souvent en jeu. Parkinson, Sclérose en plaques, Polynévrite - par exemple - sont des maladies neurologiques évolutives.

 


t
Accueil