La compulsion de répétition (ou contrainte de répétition) : désigne un processus psychique et/ou somatique qui conduit le sujet à répéter, généralement à son insu, les mêmes actions et expériences, y compris lorsqu'elles génèrent une souffrance, voire conduisent à l’autodestruction
Du point de vue psychique : la névrose obsessionnelle (ou névrose de contrainte) illustre ce mécanisme par des contraintes à penser (pensées obsessionnelles), ou à accomplir compulsivement certaines actions ou rituels :
« On cherche à supprimer le passé lui-même, à le refouler de façon motrice. Cette […] tendance peut […] fournir l’explication de la contrainte à la répétition, si fréquente dans la névrose, dont la mise à exécution s’accompagne alors d’une conjonction de toutes sortes de visées en lutte les unes contre les autres. Ce qui n’est pas advenu de la manière dont cela aurait dû advenir conformément au souhait, est par la répétition, rendu non advenu d’une autre manière, à quoi s’ajoutent alors tous les motifs de s’attarder à ces répétitions. (p.237)» (Freud – Inhibition, symptôme et angoisse – 1925 - OCF XVII)
Dans les perversions, ce sont des scénarios spécifiques qui doivent se répéter avec une extrême précision, présentant une stéréotypie manifeste.
Par ailleurs, la contrainte de répétition peut aussi se manifester sans aucune formation de symptôme pathologique :
« On connaît ainsi des personnes chez qui toute relation humaine a la même issue : des bienfaiteurs qui après quelques temps sont quittés dans le ressentiment par chacun de leurs protégés […] des hommes chez qui toute amitié a pour issue que l’ami les trahit ; d’autres qui, répétant cela un nombre incalculable de fois dans leur vie, élèvent une personne au rang de grande notoriété pour eux-mêmes ou aussi pour le public, et qui renversent eux-même cette autorité, après un temps donné, pour la remplacer par une autre ; des amoureux chez qui tout rapport tendre à la femme passe par les mêmes phases et conduit à la même fin, etc. (p.292)» (Freud - Au-delà du principe de plaisir - 1920 - OCF - XV)
C’est dans une telle dynamique d’échecs répétés et douloureux que l’on pourra alors parler de « névrose de destinée » (notion développée par Hélène Deutsch en 1930 dans « Névroses et types de caractères ») ou de «névrose d’échec » (décrite par René Laforgue en 1936 dans «Clinique psychanalytique » puis en 1941 dans «Psychopathologie de l’échec»). Freud aura toutefois été le premier à aborder cliniquement le sujet dans «Quelques types de caractères dégagés par le travail psychanalytique » (1916).
Du point de vue somatique, on peut rapprocher la compulsion de répétition de la notion de « complaisance somatique », introduite par Freud dès 1894 dans «Etudes sur l’hystérie », concernant les conversions hystériques. Dans ce cas, le frayage somatique originel suppose dans un premier temps, une co-excitation libidinale de l’organe affecté, et dans un second temps, une certaine évolution psychique du sujet lui permettant d’articuler le symptôme autour d’une équivalence symbolique inconsciente.
Lorsqu’il s’agit de troubles somatiques ultra-précoces (par exemple les spasmes du sanglot), ces derniers peuvent constituer un frayage somatique extrêmement précoce susceptible de favoriser une récupération névrotique ultérieure, pouvant se manifester parfois très tard dans la vie du sujet devenu adulte. Nous considérons qu’un tel symptôme est susceptible de se réactiver – soit en tant que conversion hystérique, soit en tant que névrose actuelle - sous une forme atténuée ou modifiée, «inspirée» de son mécanisme physiologique originel au travers de tableaux cliniques divers : syncope vaso-vagale, lipothymie, spasmophilie, voire crise d’épilepsie, etc. ; la notion de «complaisance somatique» trouvant le cas échéant sa pleine justification.
D’une manière générale, nous pensons que c’est une dynamique de liaison pulsionnelle qui s’exprime via la compulsion de répétition. La répétition signe, par son caractère compulsif «pathologique» l’échec du processus de liaison, et non une dé-liaison provoquée par une pulsion de mort. La notion de compulsion de répétition est généralement employée pour qualifier un travail pathologique (de type psychique, somatique ou comportemental), contrariant les intérêts du moi.
Mais cette connotation négative (amplifiée par son expression pathologique visible) risque de nous faire sous-estimer la « normalité » de ce processus primaire qui semble caractéristique de la matière vivante. Cette dernière répète sur un mode compulsif toutes les expériences vécues (positives ou traumatiques) ».
Pour plus de détails :
u"La pulsion de mort est morte" >"la dynamique de liaison pulsionnelle" - (psychosoma.org)