Sandor Ferenczi (7 juillet 1873 à Miskolc - 22 mai 1933 à Budapest) --------------------------------------------------------------------------------------------
Médecin, neurologue, psychiatre et expert auprès de la cour d'assises de Budapest, psychanalyste hongrois, il a été le chef de file de la psychanalyse dans son pays, et a très largement contribué à son développement sur le plan international. Il fut le premier psychanalyste à être nommé professeur de psychanalyse à l'université. Bien que particulièrement intéressé par la psychologie, il n'accorda toutefois guère d'intérêt à l'ouvrage de Freud "L'interprétation du rêve" paru en 1900. Ce n'est qu'après avoir expérimenté le test de la libre association de Carl Gustav Jung qu'il se tourne vers la psychanalyse et décide de rencontrer Freud. Les deux hommes nouerons une solide amitié qui connaîtra toutefois des tensions et des désaccords croissants à partir de 1920 jusqu'à la mort de Ferenczi en 1933.
Les travaux de Ferenczi vont l'inciter à étendre la théorie psychanalytique au domaine de la biologie : la bioanalyse. Son apport, tant au plan théorique que de la technique psychanalytique est très important, et bien qu'oublié pendant près de 40 ans, son travail - qui donne des bases psychosomatiques précieuses - a généré un regain d'intérêt auprès des psychanalystes et psychosomaticiens contemporains (en partie grâce à la contribution de Michael Balint).
Du point de vue théorique, Ferenczi sera le premier à introduire le concept d'introjection (qui se transforme - lorsqu'il s'agit d'une solution prévalente - en mécanisme de défense spécifique de la névrose par rapport à la projection qui est spécifique de la psychose). Dans les syndromes post-traumatiques liés à des abus sexuels ou agressions violentes, la victime peut par exemple s'identifier à l'agresseur par "introjection du sentiment de culpabilité" de l'agresseur sur la victime. Il va également accorder une importance particulière à la relation d'objet (nature de la relation précoce mère-enfant et ses conséquences, anticipant d'une certaine façon les travaux futurs de Spitz ou de Winnicott) et développer la notion de traumatisme, source de nombreuses somatisations. Ce dernier point fera l'objet d'un vif débat entre Freud et Ferenczi sur la part de réalité interne / externe d'un trauma, et dont fait partie aussi l'analyste dans la cure.
Mobilisé dans un hôpital pendant la première guerre mondiale, Ferenczi est confronté aux "névroses de guerre" et à leurs effets post-traumatiques qui présentent des similitudes avec certains chocs post-opératoires. Il considère que la zone corporelle blessée provoque localement une augmentation de libido et peut conduire à une "patho-névrose" (dont la forme - hystérique ou narcissique - dépendra de la manière dont a été "redistribuée" la libido)...
"L'étude bioanalytique des processus morbides organiques montrera selon nous que la plus grande partie des symptômes peut être ramenée à une redistribution de la "libido d'organe"..." (Thalassa - 1924)
Egalement très préoccupé par des questions de pratique thérapeutique, Ferenczi va prôner la "technique active" qui consiste pour l'analyste, à intervenir dans la cure lorsque celle-ci semble stagner, notamment par des injonctions ou des interdictions formulées au patient afin de réactiver une dynamique psychique élaborative. Mais cette technique de forçage présenta plus d'inconvénients que d'avantages (notamment auprès d'analystes peu expérimentés) et Ferenczi modifia ses positions lors d'une conférence tenue en 1928 à la Société psychanalytique de budapest, intitulée "Élasticité dans la technique" où il développe l'importance du tact, de l'empathie, de la modestie de l'analyste qui doit accepter les "limites de son savoir" et éviter le "fanatisme de l'interprétation"...
Il se livre également à des expériences techniques et à des procédés contre-transférentiels qui ne sont pas du tout du goût de Freud, allant jusqu'à donner des baisers à ses patientes en guise de gratification. Il pratiquera également l'analyse mutuelle, où l'analyste fait part au patient (pour éviter un surcroît de traumatisme) de ses propres doutes, limites et problèmes personnels éventuels. Cette dernière approche - qui se voulait expérimentale - s'avéra être un échec ; mais c'est au prix de tâtonnements que de telles expériences, riches d'enseignements, permettent au praticien de mieux appréhender les limites de sa pratique.
Michael Balint, ancien patient et élève de Ferenczi, deviendra par la suite son ami et contribuera à développer ses idées et à promouvoir son oeuvre en tant qu' éxécuteur testamentaire littéraire.
Quelques dates :
1908 : première visite rendue à Freud (le 2 février)
1909 : "Introjection et transfert" (premier travail théorique de Ferenczi)
1910 : Ernest Jones entreprend une analyse avec lui. La même année, Ferenczi - sur les conseils de Freud - propose la création de l'Association Psychanalytique Internationale (Jung en sera le président)
1914 - 1916 : analyse personnelle de Ferenczi auprès de Freud (réparties en 3 tranches d'une quinzaine de jours environ)
1916 : Ferenczi prend en analyse Mélanie Klein (qu'il incite à s'intéresser aux fantasmes et à l'analyse des enfants) et Géza Roheim (antropologue et psychanalyste ayant laissé une oeuvre considérable, en partie inspirée par les options théoriques de Ferenczi)
1918 - 1919 : élu président de l'Association Psychanalytique Internationale dont il démissionna en 1919 compte tenu du contexte socio-politique particulièrement défavorable. A cette époque, Ferenczi prône la "technique active".
1921 : première rencontre avec Groddeck lors d'un séjour en tant que patient et "stagiaire" dans le sanatorium de ce dernier à Baden Baden. Ils restèrent amis jusqu'à la mort de Ferenczi
1926 - 1927 : va aux états-unis pendant six mois donner des conférences et former des analystes, médecins et non-médecins, Ferenczi étant favorable à l'analyse profane.
1931 : fonde une policlinique psychanalytique dont il sera le directeur et dans laquelle des consultations gratuites sont proposées
Principales publications :
1909 : "Introjection et transfert" (conception reprise par Freud dans "Pulsions et destins de pulsions (1915) et "Deuil et mélancolie" (1916)
1919 : "L'hystérie et les patho-névroses"
1924 : Thalassa - (ouvrage très apprécié par Freud dont il dira qu'il s'agit plutôt d'une étude biologique que psychanalytique et "l'application la plus hardie de l'analyse qui ait jamais été tentée" - hommage posthume rendu par Freud en 1933 dans la revue Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse)
1925 : "Psychanalyse des habitudes sexuelles"
1928 : "L'élasticité de la technique psychanalytique"
1932 : "Journal clinique"
Notons par ailleurs ses nombreuses correspondances avec Freud et Groddeck qui ont été publiées :
- Correspondance Freud-Ferenczi 1914-1919 - Calmann-Lévy
- Correspondance Freud-Ferenczi 1920-1933 - Calmann-Lévy (ce qui représente près de 1 400 lettres)
- Correspondance Ferenczi-Groddeck : 1921-1933 - Payot (La plupart des lettres de Groddeck n'ayant pas été conservées, l'ouvrage se compose essentiellement de celles de Ferenczi).
Il a dit :
"L'ignorance habillée de termes savants est moins humiliante que l'aveu candide de celle-ci." Des psychonévroses - Conférence de 1909 devant la Sté de Médecine de Budapest - in "Psychanalyse I" -Payot
«L'interprétation d'un processus donné peut être exact et parfaitement clair d'un point de vue analytique, sans que l'aspect physiologique du processus ait été entièrement élucidé.» Thalassa - 1924
"L'avenir verra se répandre le traitement psychanalytique des maladies organiques, parfaitement compatible avec le traitement médical classique toujours nécessaire." Les névroses d'organes et leur traitement -
1926
On a dit... à propos de Ferenczi :
"De sources affectives jamais taries jaillissait sa conviction que l'on pourrait obtenir bien plus avec les malades si on leur dispensait suffisamment de cet amour dont, enfants, ils avaient eu la désirance. Comment cela était réalisable dans le cadre de la situation psychanalytique, c'est ce qu'il voulait arriver à trouver, et tant qu'il n'avait pas connu le succès sur ce point, il se tenait à l'écart, d'autant qu'il n'était plus sûr d'être en accord avec ses amis." Hommage posthume rendu par Freud à Ferenczi en 1933, publié dans la revue "Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse")